28 mai 1940 Seclin Haubourdin

28 Mai 194O

                  Vers 1 h. 30 le bataillon quittait Wahagnies sans difficulté bien qu’il fût en contact avec l’ennemi.

                  Vers 5 h. 30 il arrivait à Seclin et s’y établissait défensivement face au Sud, entre la gare (inclus) et la tête du canal (affluent du canal de la Deule).

                  Vers 7h. la Cm 1 était attaquée à la mitrailleuse par des avions. Le lieutenant FOURNIER, commandant la Compagnie était gravement blessé et immédiatement évacué, le lieutenant Lecat prenait le commandement de l’unité.

                  Vers 9h. la Cm 1était attaqué par un fort détachement ennemi qui s’était infiltré dans les maisons, à l’est de la voie ferrée. Elle résistait énergiquement, mais bientôt devant la supériorité numérique de l’adversaire, deux sections de zouaves devaient lui être envoyées en renfort. Peu après, les deux autres compagnies de mitrailleuses du Bataillon étaient également attaquées par des éléments venus du Sud et qui avaient pu facilement s’approcher dans un terrain très coupé de maisons et de jardins. Elles devaient également être renforcées de sections de Voltigeurs. En même temps, des armes automatiques se révélaient à l’intérieur même de la ville, interdisant les carrefours et les rues principales (Ces armes étaient servies par des allemands revêtus d’effets civils qui avaient du profiter de l’abandon de la ville pour s’installer pendant la nuit. De même, il fut reconnu plus tard que des motocyclistes revêtus d’uniformes de soldat britanniques et qui avaient traversé SECLIN le matin, étaient en réalité des soldats allemands).

                  La faiblesse de l’effectif non engagé ne permit pas de réduire ces armes automatiques et tous les mouvements durent s’effectuer par les lisières extérieures ou par les cours.

                  Une bretelle garantissant le chemin de repli fut établie sur un ordre de mouvement émanant du Colonel Commandant le 106e R.I. et le groupement était arrivé peu après 9h. 30.

                  Aux termes de cet ordre, le 1er B.M. partant avec le 106e R.I. et passant par Houplin, devait se présenter à Noyelles à 12h 30 et de là gagner Haubourdin où de nouveaux ordres lui seraient donnés. Le 3e Bataillon du 14e Régiment de zouaves devait suivre à 40 minutes le 1er B.M. Un ordre écrit de repli dut envoyé aux Compagnies, sans indication d’heure, celle-ci devant être fixée par le chef du bataillon commandant le III e / 14e Zouaves.

                  Vers 11h. 30 la cm1 se repliait de la gare, sur un ordre verbal du capitaine commandant provisoirement le 1er B.M. qui visitant cette compagnie, l’avait trouvée fortement accrochée et menacée d’encerclement.

                  Vers 11h. 45 une reconnaissance commandée par le Lieutenant MOISAN rendait compte que le Bataillon du 106e R.I. qui tenait la droite du 1er B.M. avait été bousculé et que la route d’Houplin était coupée. Le Chef du Bataillon, commandant le III/14e zouave donna l’ordre au commandant du 1er B.M. d’ouvrir un chemin vers Noyelles tandis que lui-même dirigerait le dégagement des éléments dans Seclin.

                  Longeant les lisières ouest de Seclin, un groupement formé avec des mitrailleurs de l’Etat-Major du 1er B.M. et la section de F.V. de la C m 1 réussit, suivi du gros du Bataillon à atteindre la route conduisant à Noyelles. Mais, à hauteur de l’ancienne Batterie, cette avant-garde (avec laquelle se trouvait le Capitaine Commandant provisoirement le 1er B.M.) fut prise sous le tir d’armes automatiques venant du Sud et du Sud Ouest. Devant l’impossibilité de gagner Noyelles, l’ordre fut donné au gros du bataillon d’avoir à prendre la route de Wattignies, à l’abri des coups.

                  L’avant-garde, en rampant sur la plus grande partie du parcours, réussit à atteindre Wattignies vers 15 heures, puis passant par Emmerin arriva à Haubourdin, mais sans y trouver le gros du 1er B.M. (d’après un renseignement reçu plus tard, réuni au 106e R.I. et au III/14e zouaves il avait gagné le Sud de Lille puis Loos).

Seclin

Carnet du Capitaine Kriner, Commandant le 1er Bataillon de Mitrailleurs, p. 192 à 207


…/…

 Le 28 mai 1940, à six heures du matin, le 1er Bataillon de Mitrailleurs arrivait à Seclin qu’il abordait par le Sud-Est, et déjà, l’avion à croix noire, qui chaque matin, effectuait régulièrement et depuis de longs jours sa reconnaissance journalière, l’avion, qu’avec tant d’autres, les mitrailleurs avaient surnommé « le Mouchard », survolait la colonne et ne manquait sûrement pas d’enregistrer le dispositif des unités au dessus desquelles il planait, et dont il fallait définitivement se débarrasser.

Ordre avait été donné au Bataillon de s’établir définitivement, et de tenir les lisières Sud et Sud-Est de la ville, depuis la gare jusqu’au canal, afin de permettre à des éléments importants de la 1ère armée le passage de la Deule, sur les ponts au Sud d’Emmerin. La mission donnée devait, en principe, prendre fin vers 9 heures.

Une compagnie de mitrailleuses, face au Sud-Est, s’installa dans le quartier de la gare ; les deux autres, face au Sud ( !), mettraient leurs mitrailleuses en batterie, sur une ligne allant de la voie ferrée, traversant la route d’Arras et aboutissant au-delà de l’Hospice ;

Les engins et les sections de la Cie E.F.V. renforceraient la défense aux points les plus sensibles.

A peine le dispositif était-il réalisé que, dans un nuage de poussière, sur la route déserte, venant de Carvin, arrivait un groupe de motocyclistes. Les jumelles sont braquées. C’est un détachement de britanniques ! Sans doute quelques soldats d’un groupe de nos alliés et qui réussissent à regagner nos lignes. Aussi n’hésite t’on pas à leur livrer passage.

Ils ne sont pas passés de quelques minutes que nos mitrailleurs reçoivent, dans le dos, des coups de fusil. Ils viennent d’être victimes d’une ruse de l’ennemi qui a envoyé une patrouille motorisée sous l’accoutrement des militaires britanniques.

Maintenant, les coups de feu partent de plus en plus nombreux et d’un peu partout.

Les Allemands ont certainement profité de la nuit pour opérer de sérieuses infiltrations, aidés par des isolés qui, déjà en place, depuis longtemps peut-être, tirent sur nos troupes, des maisons qu’ils occupent.

Les mitrailleurs ont l’impression, extrêmement pénible, de se sentir dés maintenant complètement encerclés.

Il leur faudra, désormais, et de plus en plus, parer les coups qui leur viennent de droite et de gauche, de l’arrière, comme de l’avant.

Bientôt, de la direction de Gondecourt, des hommes du 14ème Régiment de Zouaves se replient sur le Bataillon et viennent renforcer sa ligne.

La  compagnie qui occupait le quartier de la gare était la plus exposée aux coups de l’ennemi, qu’ils lui vinssent des avions l’attaquant sans arrêt à la mitrailleuse ou des détachements maintenant installés dans les maisons, à l’Est de la voie ferrée.

Le commandant de l’unité avait été d’ailleurs grièvement blessé. (1)

Vers 9 heures du matin, malgré sa résistance opiniâtre et énergique, la situation de la compagnie serait bien vite devenue désespérée, si l’appoint de deux sections du 14ème Régiment de Zouaves ne lui avaient permis de se raidir contre la poussée de l’ennemi, poussée qui bien vite s’étendait aux deux autres compagnies en ligne.

En tous cas, il n’était pas possible de songer à rompre le contact à 9 heures, comme il avait été prescrit, pour reprendre le mouvement de retraite.

Des éléments ennemis venus du Sud et qui avaient profité d’un terrain très coupé de maisons et de jardins, s’étaient approchés sans difficulté et leurs feux étaient de plus en plus ajustés et meurtriers.

Ils étaient soutenus par le tir précis effectué des maisons dans Seclin, par des individus une fois de plus revêtus d’effets civils et qui prenaient maintenant sous le feu de meurs mitraillettes les carrefours obligés et les rues principales de la ville.

En hâte, on sortit des habitations, des estaminets tout ce qui pouvait former une barricade contre le tir de l’ennemi : les tables, les billards renversés ; on disposa des matelas et les mitrailleurs continuèrent à tirer sans arrêt, non sans profit sans doute, car les fantassins allemands paraissaient momentanément arrêtés dans leur élan.

Mais le « mouchard », lui, avait rempli sa mission. Il avait sûrement communiqué à l’artillerie des renseignements intéressant sur les nids de résistance qui s’opposaient à l’avance de l’infanterie.

Vers 10h30, les pièces de l’artillerie ennemie commencèrent à entrer en action avec une intensité plus ou moins accentuée et rythme plus ou moins grand.

Les morts et les blessés se multipliaient. Les survivants restaient à leur poste de combat, avec leurs camarades du 14e Régiment de Zouaves, ils tenaient tête à l’ennemi et balayaient impitoyablement tous les objectifs qui se présentaient.

Pourtant, à la faveur de leur tir d’artillerie, les Allemands avaient réussi à s’infiltrer à en juger par les tirs, de plus en plus intenses qui, maintenant, partaient du centre de Seclin.

Les mitrailleurs avaient l’impression d’être dans une souricière dont ils auraient peine à sortir à présent.

Pour le moment, ils devaient résister sur place, sans esprit de recul, ils ne failliraient pas à leur devoir.

Et voilà qu’au tir de l’artillerie succède, plus meurtrier encore, celui des minen. Des maisons s’écroulent, ensevelissant des groupes entiers de mitrailleurs et de fantassins du 14è Zouaves dont on ne retrouvera que beaucoup plus tard, les corps brisés, parfois emmêlés sous d’énormes décombres.

Un lieutenant de la Compagnie d’engins qui, à la tête de sa section assurait avec opiniâtreté la défense d’un point d’appui, sera retrouvé parmi ces victimes. (2)

Des scènes horribles se déroulent.

Un mitrailleur, dont le poignet gauche et le pied droit ont été arrachés, se traîne dans le couloir d’une maison. Il crie : « A boire. Pitié » et reconnaissant un sergent-chef de sa section : « Chef, je vous en supplie… Par pitié ! Tuez-moi… Chef ! ».

On s’empresse autour du malheureux , on le place sur un matelas, on réussit à lui trouver un cordial, on garotte les plaies, affreuses à voir, avec de la ficelle. Et le blessé continue à supplier qu’on l’achève :

-« Lâches ! murmurait-il… achevez-moi ! »

Et la scène se prolonge devant les témoins atterrés et impuissants.

Il n’a pas été possible de trouver un infirmier dans les environs et, plus tard, lorsqu’ils arriveront, c’est un moribond que les Allemands emporteront sur un brancard.

Le « mouchard » est revenu. Cette fois, il lance des tracts invitant les troupes françaises à se rendre.

Mais l’ordre est donné aux Compagnies du Bataillon de poursuivre le mouvement de repli jusqu’Haubourdin, en passant pas Houplin et Noyelles.

Les mortiers de la compagnie d’engins entreront en action pour protéger le repli. Il reste 300 obus. Ils seront consommés jusqu’au dernier.

Le tir commence sans tarder. La cadence est rapide. Les mortiers doivent faire des dégâts car, immédiatement, de la ligne où les obus éclatent par une fusée blanche et l’artillerie allemande prend à parti les emplacements des pièces qui sont encadrées avec une précision inquiétante.

Le tir n’en continue pas moins. Les mortiers sont servis avec entrain et la conscience que grâce à eux, les mitrailleurs auront pu se dégager.

Les munitions épuisées, il faut cesser le tir. Les pièces sont rendues inutilisables. Au moment où leur mission remplie, les mitrailleurs de la section de mortiers vont, à leur tour, tenter de sortir de Seclin, ils sont entourés par les Allemands et avec leur officier, faits prisonniers.

Pendant tout ce temps, dans les différentes unités, le mouvement de décrochage a été amorcé. Malgré les coups de feu, qui, de plus en plus nombreux, éclatent partout, il se poursuit. Les mitrailleurs sont résolus à s’échapper de la souricière avec le minimum de pertes, en hommes et en matériel et en continuant le combat.

Il donne lieu à des actes d’héroïsme sublimes, de la part des mitrailleurs et de leurs chefs.

-                          Un lieutenant, commandant une unité particulièrement menacée, tombe au moment où, resté le dernier sur la position occupée par ses hommes, il en assure le repli en bon ordre, dirigeant avec sang froid le combat que sa compagnie soutient contre un ennemi infiniment supérieur en nombre.

-                          Ici, il s’agit de placer les tireurs de trois fusils-mitrailleurs sur le côté opposé d’un carrefour particulièrement dangereux parce qu’il est efficacement battu par l’ennemi.

Faire traverser le carrefour aux tireurs, c’est les envoyer à une mort certaine. Un seul moyen : lancer dans le carrefour un chariot attelé à deux chevaux. Les tireurs, des volontaires, s’accrocheront à la voiture, du côté abrité ( !). Les chevaux partent, à fond de train, mais au milieu du carrefour, ils s’abattent, frappés à mort.

La voiture n’est pas suffisamment engagée pour constituer une barricade, deux hommes sont blessés, malgré un feu d’enfer, les autres parviennent à gagner leur emplacement de tir et leurs F.M.entrent en action.

Un sous officier sert l’une des armes automatiques, à l’endroit même où trois tireurs viennent d’être mis hors de combat. Mais la position est bonne, le sous officier ne l’abandonnera pas. On lui lance des boîtes-chargeurs à travers le carrefour. Il tire sans arrêt. Les balles partent. Grâce à son sang-froid, près de 200 hommes peuvent franchir le passage dangereux sans laisser trop de morts et de blessés.

Le sous-officier blessé ne cessera son tir qu’atteint à la main d’une balle qui l’obligera à lâcher son arme.

« Toute cette scène était impressionnante, écrit en la racontant un officier. On ne pouvait qu’être fier de commander à des hommes si simplement, si naturellement héroïques ».

-                          Là c’est un mitrailleur qui, lâchant ses camarades, se dirige en rampant vers l’ennemi. Un sous-officier le rappelle, lui intime l’ordre de rejoindre sa section. Le mitrailleur ne répond pas, comme poursuivant une idée fixe, il continue à s’éloigner. Tout à coup, on le voit bondir dans un trou. Triomphant, il en brandit un F.M. abandonné auprès d’un tireur qui a été tué. Il revient prendre sa place, serrant dans ses bras l’arme précieuse dont il se servira un utilisant un stock de cartouche en vrac, dont on s’empresse de garnir les chargeurs vides.

-                          Un mitrailleur séparé momentanément de sa section, retrouve, au soir du 28 mai, un de ses sous-officiers. Il lui exprime sa joie de le voir vivant, lui conte les péripéties du combats auxquelles il a été mêlé dans la journée en lui montrant son arme, lui dit avec fierté : « Chef, j’ai gardé mon F.M. »

-                          Ailleurs, un mitrailleur tire sans relâche. Le F.M. lui éclate dans les mains. Il en réclame un deuxième et continue de faire feu jusqu'à ce que l’arme soit enrayée. Mais le résultat est acquis. Grâce à son sang-froid, les survivants du Bataillon ont pu se dégager et partir.

Il n’est pas question d’emprunter les rues et de se présenter aux carrefours. A travers les jardins, il faut frayer un chemin pour les voiturettes. Les mitrailleurs escaladent les murs. D’autres coupent les fils des clôtures, entaillent les haies.

Les compagnies n’avaient pas pu passer par Houplin dont la route avait été coupée par les allemands qui avaient bousculé les éléments du 106e Régiment d’Infanterie.

Il ne leur fut pas davantage possible de se diriger vers Noyelles. Le parti fût pris, et l’ordre donné de marcher dans la direction de Wattignies, en restant le plus possible à l’abri des tirs qui harcelaient la colonne.

Marche terriblement pénible, marche meurtrière, sous le feu de l’ennemi qui, maintenant, poursuit sa proie et ne veut plus la lâcher.

« Nous sommes maintenant en pleine campagne, a noté un officier sur son carnet, la route monte légèrement. Soudain, venant de droite et de gauche, deux projectiles lumineux coupent leurs trajectoires à 500 m. sur la crête. Nous connaissons ce genre de plaisanterie.

« Nous allons dérouiller les gars », crie gouailleur un grand mitrailleur qu’au temps heureux de Bavai, ses camarades avaient surnommé Fernandel, et qui vient de se battre comme un lion.

« En effet, maintenant, les Allemands lâchent leur tir de barrage de chaque côté de notre axe de marche. Les trajectoires se croisent sur notre route. Les balles traceuses forment devant nous une zone qu’il faut à tout prix traverser.

« Je crie l’ordre de s’égailler dans les blés, de chaque côté de la route.

« Déjà, nous dépassons des corps allongés à jamais, tandis que les conducteurs continuent, conduisant les chevaux au pas de course.

« La crête est enfin dépassée, nous éspèrons.

« Hélas ! Nous ne sommes à l’abri que pour quelques instants. Là à quelques mètres, une nouvelle zone battue !...

« Les hommes n’en peuvent plus. Ils traînent avec eux leur misère, la fatigue de 20 nuits sans sommeil ! Toute leur volonté est tendue pour fuir cette mort inutile qui nous frappe par derrière.

« A droite, à gauche, des hommes tombent encore…

« Voilà l’orage qui éclate ; la pluie nous rafraichit, mais alourdit nos capotes. L’ennemi tire toujours et des hommes tombent… »

Pou la première fois depuis le 10 mai, tombait du ciel l’eau que, si souvent, les hommes avaient souhaitée recevoir, s’imaginant qu’elle leur accorderait un moment de répit dans les fatigues accumulées d’une pénible retraite ? Elle s’abattait sur eux, non plus pour les soulager, mais pour les accabler davantage en multipliant les difficultés auxquelles ils étaient en butte depuis l’aurore de cette cruelle et interminable journée.

Vers 14h 45, un capitaine commandant une compagnie de mitrailleuses (3) qui, à Seclin avait pris de commandement des unités restées directement aux prises avec l’ennemi rassemble le gros des rescapés.

Il y a 250 mitrailleurs environ, une vingtaine de pièces, un canon de 25 et un mortier. Neuf officiers du Bataillon sont là.

Un rapide conseil de guerre est tenu. La petite troupe va tenter de rejoindre l’Etat-major du Bataillon dont on n’a plus de nouvelles depuis Seclin et qui a dû gagner avec d’autres éléments la ville d’Haubourdin.

Un officier, malgré le danger que présente la mission au devant de laquelle il va, s’offre de partir reconnaître en motocyclette la route d’Haubourdin par Loos.

S’il est possible de gagner Loos tant bien que mal, par contre il faut renoncer à rejoindre Haubourdin. Tous les ponts sont sautés, les rives du canal sont occupés par les engins blindés ennemis.

La petite colonne ne se tient pas pour battue. Puisqu’il n’est plus possible de rejoindre l’Etat-major du Bataillon, elle essayera de rejoindre à Dunkerque le gros de la 1ère Armée en passant pas la banlieue Sud de Lille – Mons en Baroeul – Marcq – Linselles. Elle sera précédée d’un groupe d’éclaireurs motorisés avec une voiture et cinq motocyclistes qui reconnaîtront les tronçons de la route, s’assureront qu’elle n’est pas occupée et attendront la colonne à chaque carrefour.

Les hommes sont épuisés. Ils ont faim. Pas un morceau de pain à leur partager et pourtant ils se montrent décidés. La confiance renaît. Ils ont espoir que bientôt ils ne seronts plus isolés, qu’ils pourront à nouveau se défendre, qui sait ?... prendre une part active et utile dans une nouvelle bataille .

Malheureusement, la colonne ne peut aller loin. L’ennemi était partout. Partout il guettait, tendait des embuscades, faisait de prisonniers.

Dans les faubourgs au Sud de Lille, les survivants du Bataillon étaient rejoints par les survivants d’un bataillon du 14e Régiment de Zouaves. Un nouveau conseil de guerre réunit les officiers des deux détachements. Dans la situation présente, deux solutions pouvaient être envisagées.

Réunissant les faibles moyens dont ils disposaient, les mitrailleurs et les zouaves tenteraient de passer en bousculant les éléments adverses plus ou moins nombreux qui leur barraient la route. Mais n’était-ce pas aller à un échec certain et vouer la colonne à l’anéantissement ?

La deuxième proposition paraissait la plus réalisable. Dans le secteur se trouvaient des éléments importants du 134ème Régiment d’Infanterie. Au début de la nuit, plusieurs contre attaques combinées essaieraient d’ouvrir le chemin aux éléments d’arrière-garde de la 1ère Armée qui restaient encerclées et le 1er Bataillon de Mitrailleurs y trouverait une place que le Colonel du 134e lui réserverait volontiers.

Malgré la fatigue immense, les hommes rempliront la mission qui leur fût donnée : ils appuieront de leurs feux le débouché de l’attaque du 134e. Les officiers et les hommes se dispersent sur le terrain pour prendre leurs positions de combat.

Mais l’ennemi est là, tapi dans l’ombre, attendant une proie qui ne peut plus lui échapper. Des hommes, des officiers disparaissent, comme happés par les invisibles tentacules d’une gigantesque et sournoise pieuvre.

Ils sont faits prisonniers, désarmés, emmenés sans avoir pu se défendre, souvent avec brutalité.

Un officier a raconté que se trouvant face à face avec un Allemand, il a été mis en joue. Voyant le geste, il évite le coup de feu en faisant un écart et en se jetant à terre. Lorsqu’il se relève, l’Allemand, hurlant des mots qu’il ne comprend pas, se jette sur lui, met en lambeaux l’imperméable huilé qui le protège, lui arrache avec violence étui de réglage et jumelles. Un officier allemand dut intervenir et ramener le troupier au calme.

Le mitrailleurs qui n’ont pu échapper aux pièges redoublent de précautions.

Un officier, le même qui dans la journée était allé reconnaître la route d’Haubourdin, part en reconnaissance avec quelques hommes.

Il est accueilli par une rafale de mitraillettes. Un balle lui a brisé la mâchoire. Il ne  se laissera évacuer qu’après s’être assuré que sa mission sera continuée.

Les efforts tentés pendant toute la nuit par les fantassins, puis par le corps franc du 134e pour percer, restèrent vains.

                                                                                                       …/…

Carnet du Capitaine Kriner, Commandant le 1er Bataillon de Mitrailleurs, p. 192 à 207

(1) Il s'agit du Lieutenant Fournier, commandant la CM1. Le lieutenant Lecat prit ensuite le commandement de la compagnie.

(2) Ce devait être le Lieutenenat Pierre Lemaire, chef de la section artillerie de la Cie E.F.V. Aucune information sur l'officier qui reprit le commandement de la section. Il est possible que personne ne reprit le commandement.

(3) Probablement le Capitaine Emile Crozafon qui est à ce moment le seul capitaine rescapé exerçant le commandement d'une compagnie, les autres ayant été tués ou blessés et relevés par des lieutenants.


Carnet du Capitaine Kriner, Commandant le 1er Bataillon de Mitrailleurs, p. 212 et 213

 

Haubourdin

Pendant que les compagnies en ligne dans Seclin essayaient de rompre le contact avec l'ennemi pour gagner, suivant l'ordre reçu, la ville d'Haubourdin, les sections en réserve de la Cie E.F.V. et l'Etat-major avaient réussi à prendre la direction de Wattignies, puis celle d'Emmerin, en avant-garde du Bataillon.

En d'une fin d'une marche longue, pénible, effectuée en grande partie en rampant pour échapper aux tirs incessants des armes automatiques ennemies qui balayaient les routes et les chemins, l'avant-garde aborda Haubourdin vers 17 heures.

Le Général Commandant la 5ème D.I.N.A. y avait établi son P.C. au château. Il fût décidé que les éléments du Bataillon arrivés, 70 hommes environ, participeraient à une sortie du 24e Régiment de Tirailleurs Tunisiens pour dégager le canal dont le pont et les berges étaient tenus par les Allemands.

L'attaque eut lieu à 21 heures. Elle fût repoussée.

Les engins blindés qui y participaient sautèrent pour la plupart sur des mines ou furent détruits par des canons antichars au moment où ils franchirent le pont.

Les tirailleurs n'eurent pas plus de succès et furent pris sous un feu intense de mitrailleuses, de mortiers et d'artillerie.

Un chef de Bataillon fût tué. Nos pertes étaient lourdes.

Toutes les tentatives renouvelées au cours de la nuit échouèrent et les mitrailleurs du Bataillon ne purent intervenir.

 

 

 


 

 

 

L'opération DYNAMO:

En 9 jours, plus de 215.000 soldats britanniques et 123.000 soldats français ont été réembarqués.

35.000 soldats français participant aux combats d'arrière-garde sont faits prisonniers.

 

 

 

 

 

 

 

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