Le fanion du 1er B.M.

Le fanion du 1er B.M.

 Carnet du Capitaine Kriner, commandant le 1er B.M. page 53 à 57.

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         Comme tous les bataillons formant corps, le 1er Bataillon de Mitrailleurs n'avait point de drapeau !

         Il y avait eu autrefois un drapeau des bataillons de mitrailleurs, bien connu d'un officier qui avait eu, en ce temps, l'honneur de le porter. Mais à la dissolution des bataillons actifs de mitrailleurs, le bel emblème, encore tout flambant neuf, avait pris le chemin des Invalides, sans avoir eu le temps d'inscrire dans ses plis les promesses qu'allaient accomplir les mitrailleurs des bataillons de réserve, en 1940 !

         Sans doute, au 1er Bataillon de Mitrailleurs, dés le début de la campagne, avait-on songé à demander que, comme autrefois, les Bataillons aient, tour à tour, la garde de leur emblème commun qu'on sortirait, à cette occasion, du temple de la gloire où, prématurément, il avait été enfermé.

         Le moment n'était pas à l'organisation de manifestations dépassant en ampleur le cadre dans lequel, par suite des circonstances de la guerre, le Bataillon avait été momentanément placé.

         A défaut de drapeau, le 1er Bataillon de Mitrailleurs aurait son fanion. Il devait le tenir d'une épouse et d'une mère qui lui était attachée de toute son âme et par une délicate attention, il arriva très vite et par surprise, par un beau soir d'automne.

         Tout frangé d'or, partagé en diagonale en deux parties aux couleurs bleu et rouge, adoptées en hommage aux gardes mobiles qui formaient, en grande partie, l'encadrement du bataillon, la soie du fanion portait, à l'endroit, l'écusson du Bataillon, artistiquement peint et brodé - Sur l'autre côté figuraient les deux traditionnels canons entrecroisés des mitrailleurs - De part et d'autre, l'inscription en lettres d'or : « 1er Bataillon de Mitrailleurs ».

         Désormais, placé sur une hampe ou porté au bout d'un fusil, le fanion du Bataillon serait de toutes les fêtes. Officiellement, il ne sortirait plus que confié à un sous-officier flanqué d'une garde gantée de blanc, affirmant partout son symbole d'unité et de force, respectueusement salué par la population, avec la même foi, avec la même conviction que l'emblème sacré de la patrie.

         Au cours d'une messe solennelle célébrée en l'église de Bavai, le fanion fut béni par Monseigneur Régent, aumônier de la 1ère Armée.

         Ce fut une manifestation qui marqua les annales de la ville.

         La coquette église était archi comble. Jamais elle n'avait connu telle affluence et la messe de minuit de 1940, célébrée pour la première fois depuis de nombreuses années, devait seule, quelques mois plus tard, réunir autant de fidèles et de soldats.

         Pendant la cérémonie, la fanfare du Bataillon se fit entendre et avant de faire tomber sur le fanion la fine pluie de l'eau sainte, l'aumônier militaire, en quelques paroles chaudes et vibrantes, dégagea la leçon de la solennité. Son éloquence simple et rude plût aux militaires et les toucha.

         Pour les convaincre, outre sa foi ardente, n'avait-il pas un même amour de leur petite patrie, ce prêtre-soldat, lui aussi originaire des Flandres !

         Pour les toucher, ne pouvait-il pas se prévaloir du privilège d'avoir accompagné leurs aînés sur les champs de bataille du 1er Corps d'Armée, au cours de la guerre 1914-1918 !-

         Auprès de leurs frères, de leurs pères peut-être, il s'était trouvé aux moments les plus difficiles, apportant, avec une bravoure légendaire, l'appui et la consolation de son ministère. Combien avant exhalé dans ses bras de prêtre leur dernier soupir, inclinant à jamais leur tête entre ses mains toujours tendues pour les recevoir, pour les bénir au moment du sacrifice suprême !

        

         Au cours de l'année 1940, par deux fois, à la fête de Jeanne d'Arc et à la Pentecôte, une messe en musique, avec participation de la fanfare du Bataillon, eut lieu dans le parc du Château Rametz, en plein air.

         A l'une, un sermon fût donné par M. L'abbé Evrard, supérieur du Collège de Bavai, ancien combattant de la guerre 1914-18.

         A l'autre, l'abbé Bievrelet, aumônier de la 101e DIF prit la parole.

         Toutes deux avaient été célébrées par l'un des nombreux prêtres mobilisés, comme mitrailleurs du Bataillon.

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